Comment lire le BERA avant une sortie en raquettes

Ouvrez le BERA de votre massif la veille, après 16 h, sur le site ou l’application de Météo-France. Relevez l’indice de 1 à 5, l’altitude où il change et les orientations en noir sur la rose des pentes. Si votre itinéraire traverse ou longe une pente de plus de 30° dont l’orientation est en noir, changez de parcours : dès l’indice 3, le passage d’un seul raquettiste peut suffire à déclencher une avalanche.

  • Indice 1, faible : déclenchement en général possible seulement par forte surcharge, en des endroits isolés de terrain raide extrême. Évitez les pentes de plus de 30° dont l’orientation est en noir et marchez à 10 m les uns des autres dans les autres pentes raides.
  • Indice 2, limité : déclenchement possible surtout par forte surcharge, dans quelques pentes raides décrites par le bulletin. Même règle qu’à l’indice 1.
  • Indice 3, marqué : déclenchement possible parfois même par faible surcharge, donc par un raquettiste seul, dans de nombreuses pentes raides. Gardez tout le parcours sous 30°, pied des pentes raides compris, et annulez si le bulletin annonce une couche fragile persistante.
  • Indices 4 et 5, fort et très fort : déclenchements probables même par faible surcharge et départs spontanés de grandes, voire très grandes avalanches. En débutant, annulez la sortie.

Chaque bulletin porte en tête la mention « valable hors pistes balisées et ouvertes ». Un sentier enneigé situé hors du domaine skiable en relève donc, à skis comme en raquettes. Le raquettiste y figure même en toutes lettres : l’échelle européenne de danger d’avalanche le cite comme exemple de surcharge faible, au même titre qu’un skieur isolé qui ne chute pas.

Sommaire

Où et quand consulter le bulletin d’avalanche (BERA)

Météo-France rédige un bulletin par massif, 36 en tout pour les Alpes, les Pyrénées avec l’Andorre et la Corse, selon son descriptif technique du 26 octobre 2023. Les Vosges, le Jura et le Massif central n’en ont pas : la FFRandonnée rappelle que le BERA couvre les massifs des Alpes, des Pyrénées et de la Corse.

Le bulletin paraît chaque jour vers 16 h, de début novembre à fin mai ou début juin selon les saisons : le descriptif de Météo-France de 2023 arrêtait la diffusion à fin mai, la FFRandonnée la prolonge « au minimum » jusqu’à début juin. Le bulletin rédigé un soir vaut en général jusqu’au lendemain 18 h : pour une sortie à la journée, lisez celui de la veille au soir.

BERA : bulletin d’estimation du risque d’avalanche. Il a été mis en place après l’avalanche de Val d’Isère de 1970, qui a coûté la vie à 39 personnes, selon la préfecture de la Savoie. L’ANENA rappelle qu’il estime le risque à l’échelle d’un massif entier : la lecture de votre pente reste à faire sur place.

Le bulletin est gratuit et se consulte à quatre endroits :

  • le site de Météo-France, rubrique Météo montagne, avec un bouton « Télécharger » pour le bulletin complet ;
  • l’application Météo-France ;
  • l’application Météo-France Ski et Neige ;
  • les panneaux d’affichage des stations de ski.

Notez le nom exact du massif de votre point de départ. Belledonne et la Chartreuse, voisins au-dessus de Grenoble, ont chacun leur bulletin.

L’échelle européenne classe un raquettiste seul en « surcharge faible »

L’indice du bulletin suit l’échelle européenne de danger d’avalanche, publiée par le groupement des services de prévision européens, l’EAWS. Chaque niveau y est décrit par la stabilité du manteau neigeux et par la probabilité de déclenchement. Pour cette probabilité, l’échelle distingue deux poids posés sur la neige.

Surcharge faible : un skieur ou un surfeur isolé qui évolue en douceur sans chuter, un raquettiste, ou un groupe dont les membres gardent au moins 10 m entre eux.
Surcharge forte : plusieurs skieurs ou surfeurs sans distance entre eux, une dameuse ou un tir d’explosif.
Pente raide : plus de 30° environ. Le terrain raide extrême dépasse 40° environ, avec des facteurs aggravants.

Un groupe de raquettistes qui marche serré passe ainsi d’une catégorie à l’autre. Dans une pente raide, écartez-vous d’au moins 10 m : le groupe redevient une surcharge faible. L’écart compte surtout aux indices 1 et 2, où l’échelle réserve les déclenchements, en général, à la forte surcharge.

Indice Déclenchement selon l’échelle européenne Pour une sortie en raquettes
1, faible En général par forte surcharge seulement, en endroits isolés de terrain raide extrême Aucune pente de plus de 30° dont l’orientation est en noir, 10 m d’écart dans les autres pentes raides
2, limité Possible surtout par forte surcharge, dans quelques pentes raides décrites par le bulletin Même règle qu’à l’indice 1
3, marqué Possible parfois même par faible surcharge, dans de nombreuses pentes raides Tout le parcours sous 30°, pied des pentes raides compris ; sortie annulée si couche fragile persistante
4, fort Probable même par faible surcharge, dans de nombreuses pentes raides Sortie annulée pour un débutant
5, très fort Nombreux départs spontanés de très grandes avalanches, même en terrain peu raide Sortie annulée
Au-delà de 30° environ, l’échelle européenne compte une pente comme raide. © Grégoire Fauquenoi

Que signifie l’indice 3 « marqué » sur le BERA

Selon l’échelle européenne, à l’indice 3 le manteau neigeux n’est que modérément à faiblement stabilisé dans de nombreuses pentes raides, et un déclenchement y est possible parfois même par faible surcharge, c’est-à-dire par un raquettiste seul. Le mot « marqué » désigne donc un niveau élevé pour un randonneur.

Le bulletin affiche un seul chiffre pour deux risques : celui des départs spontanés, qui partent sans intervention humaine, et celui des déclenchements provoqués par un passage. La préfecture de la Savoie l’écrit ainsi : le chiffre « correspond au plus élevé des indices de risque entre avalanches spontanées et déclenchées ».

Les deux échelles n’ont pas la même hauteur. Le risque de départs spontanés monte jusqu’à 5, celui des déclenchements plafonne à 4. La préfecture en tire une lecture simple : pour les départs déclenchés, un indice 3 « correspond déjà à 75 % de l’échelle ».

Vous le croiserez souvent. Dans l’arc alpin, plus de 80 % des indices prévus se situent aux niveaux 2 et 3, d’après l’étude de Franck Techel et de ses coauteurs publiée en 2018, résumée par Pascal Hagenmuller du Centre d’études de la neige de Météo-France.

Altitude et rose des pentes : repérer les versants en noir sur votre carte

Sous l’intitulé « Estimation des risques », le bulletin peut donner deux indices séparés par une altitude limite. Dans le bulletin du massif du Mont-Blanc rédigé le 27 décembre 2023 à 16 h, l’indice valait 2 au-dessus de 2 000 m et 1 en dessous. À côté, une rose à huit orientations colore en noir les versants les plus dangereux et laisse les autres en gris.

Schéma d’exemple : ici, les versants nord-ouest, nord et nord-est sont en noir. Schéma Altitoo.

Croisez ces deux informations avec votre itinéraire, dans cet ordre :

  1. Notez l’indice du jour de la sortie et l’altitude limite, s’il y en a une.
  2. Notez les orientations en noir sur la rose des pentes.
  3. Ouvrez la carte des pentes du Géoportail de l’IGN, qui signale les pentes de plus de 30°.
  4. Repérez les tronçons du parcours qui traversent une pente de plus de 30° dont l’orientation est en noir, ou qui passent à son pied, au-dessus de l’altitude limite.
  5. Contournez ces tronçons par un terrain de moins de 30°, ou choisissez un autre itinéraire.

Tenez-vous aussi à l’écart du pied des pentes raides en noir. L’EAWS demande de faire attention aux zones de départ, de propagation et de dépôt des avalanches : un sentier de fond de vallon reste exposé quand il longe le bas d’un versant en noir.

Sur place, repérez les versants que le bulletin colore en noir avant de vous engager. © Focus Outdoor

La situation avalancheuse typique indique quels versants éviter

Dans la rubrique « Stabilité du manteau neigeux », Météo-France nomme une situation avalancheuse typique principale, et parfois une seconde, selon son descriptif technique de 2023. Chacune renvoie à un type de terrain et à des signes que vous pouvez observer en marchant.

Situation avalancheuse typique : l’un des cinq schémas définis par l’EAWS pour décrire l’origine de l’instabilité du manteau neigeux un jour donné. Quand aucune ne domine, l’EAWS prévoit la mention « aucune situation avalancheuse typique prédominante », qui ne signifie pas que les conditions sont sûres.

Situation Où la craindre Signes à repérer Geste
Neige fraîche Partout, toutes orientations Quantité de neige récente, avalanches récentes Attendre que les couches récentes se stabilisent
Neige ventée Sous le vent, dans les creux, près des ruptures de pente et derrière les crêtes, le plus souvent hors forêt Accumulations de neige, craquements, bruits sourds appelés « whoumpfs » Éviter les zones d’accumulation en terrain raide
Couche fragile persistante Toutes orientations, surtout les versants ombragés et abrités du vent Peu de signes, whoumpfs possibles mais pas systématiques Éviter les grandes pentes raides et les zones où la neige est mince
Neige humide Versants ensoleillés quand le soleil en est la cause, toutes orientations quand c’est la pluie Pluie, petites coulées humides, pied qui s’enfonce profondément Partir tôt, après une nuit claire qui a fait regeler la neige
Avalanches de fond Sols lisses, herbe ou dalles rocheuses, plus souvent en versant sud Fissures ouvertes dans le manteau neigeux S’éloigner des fissures ; les départs peuvent survenir à toute heure, souvent en deuxième partie de journée au printemps

Une couche fragile persistante annoncée appelle la plus grande prudence. L’EAWS la décrit comme particulièrement difficile à détecter et comme « une cause majeure de décès accidentels par avalanche ». Une rupture peut s’y propager sur de grandes distances et déclencher une pente à distance.

L’EAWS situe la neige ventée le plus souvent hors des zones de forêt. © Grégoire Fauquenoi

Départs spontanés, tendance et aperçu météo : les rubriques à lire ensuite

Le bulletin détaille ensuite le risque et les conditions du jour. Pour un raquettiste, ces rubriques servent à vérifier le choix d’itinéraire et le créneau horaire.

  • Départs spontanés : les avalanches qui partent seules, avec leurs altitudes, leurs versants et leur taille. Elles vous concernent quand vous marchez sous des pentes que vous ne traversez pas.
  • Déclenchements provoqués : ce qu’un passage peut déclencher, et où.
  • Tendance : l’indice prévu deux jours après la rédaction, soit le lendemain de votre sortie si vous lisez le bulletin la veille, et le facteur qui le fait évoluer. Si elle annonce une baisse, décaler la sortie d’un jour peut suffire.
  • Aperçu météo : vent à deux altitudes, isotherme 0 °C et limite pluie-neige, découpés en quatre moments de la journée.
  • Neige fraîche : les cumuls tombés en 24 h sur plusieurs jours, à une altitude de référence.
  • Qualité de la neige : un court texte sur la neige de surface et l’enneigement par versant.

En fin de document, un tableau résume les sept derniers jours : vent, neige fraîche, enneigement et indice de risque. Consultez-le si vous revenez sur un itinéraire déjà parcouru, pour savoir ce qui est tombé depuis.

Garder, modifier ou annuler la sortie : décider la veille au soir

L’ANENA présente le bulletin comme un outil d’aide à la décision, à interpréter selon l’expérience de chacun. Un pratiquant peu expérimenté peut annuler sa sortie ; un pratiquant aguerri peut la maintenir sur un itinéraire plus adapté. Pour une première saison en raquettes, appliquez la règle prudente :

  • Garder l’itinéraire à l’indice 1 ou 2, quand aucun tronçon ne traverse ni ne longe une pente de plus de 30° dont l’orientation est en noir.
  • Le modifier à l’indice 1 ou 2 quand un tel tronçon existe, et à l’indice 3 pour ramener tout le parcours sous 30°, pied des pentes raides compris.
  • Annuler à l’indice 4 ou 5, et à l’indice 3 quand le bulletin annonce une couche fragile persistante ou qu’aucun détour sous 30° n’existe.

La préfecture de la Savoie conseille de ne pas partir seul et de préférer une sortie encadrée par un professionnel. Elle recommande le triptyque DVA, sonde et pelle, avec une formation à son usage, et rappelle que ce matériel « n’est pas une assurance-vie ».

DVA : détecteur de victimes d’avalanche, l’appareil qui permet de localiser une personne ensevelie qui en porte un.

L’itinéraire arrêté, préparez la tenue et le sac avec la page sur l’équipement essentiel pour randonner en hiver. Au-dessus de la forêt, le froid et le vent se gèrent comme en altitude : voyez comment s’habiller pour une randonnée en haute montagne et le choix entre gants et moufles. L’ensemble du matériel figure dans le guide complet de l’équipement de randonnée.

Points clés

  • Le BERA paraît vers 16 h, de début novembre à fin mai ou début juin selon les saisons, pour 36 massifs des Alpes, des Pyrénées et de la Corse.
  • Règle pour un débutant : aucune pente de plus de 30° dont l’orientation est en noir aux indices 1 et 2, tout le parcours sous 30° à l’indice 3, aucune sortie aux indices 4 et 5.
  • L’échelle européenne compte un raquettiste seul, ou un groupe espacé d’au moins 10 m, comme une surcharge faible.
  • Sur le Géoportail de l’IGN, la carte des pentes signale celles de plus de 30°.
  • L’EAWS classe la couche fragile persistante parmi les causes majeures de décès par avalanche.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le BERA ?

C’est le bulletin d’estimation du risque d’avalanche, publié par Météo-France pour chaque massif des Alpes, des Pyrénées et de la Corse. Il donne un indice de 1 à 5 sur l’échelle européenne, les altitudes et les orientations les plus dangereuses, la situation avalancheuse typique et un aperçu météo. Il vaut hors des pistes balisées et ouvertes.

Où consulter le BERA ?

Sur le site de Météo-France, rubrique Météo montagne, dans les applications Météo-France et Météo-France Ski et Neige, et sur les panneaux d’affichage des stations. La consultation est gratuite. Lisez le bulletin du massif de votre point de départ, publié vers 16 h la veille de la sortie.

À quelle heure le BERA est-il publié ?

Vers 16 h chaque jour, selon le descriptif technique de Météo-France. Le bulletin vaut en général jusqu’au lendemain 18 h, ce qui couvre une sortie à la journée. Il paraît de début novembre à fin mai ou début juin selon les saisons.

Que signifie un risque d’avalanche 3 ?

L’indice 3, « marqué », signifie que le manteau neigeux n’est que modérément à faiblement stabilisé dans de nombreuses pentes raides. Un déclenchement y est possible parfois même par faible surcharge, comme le passage d’un raquettiste seul. Pour les déclenchements provoqués, il correspond à 75 % de l’échelle, selon la préfecture de la Savoie.

Peut-on faire de la raquette par risque d’avalanche 3 ?

Seulement sur un itinéraire qui reste entièrement sous 30° de pente, pied des pentes raides compris, et pas quand le bulletin annonce une couche fragile persistante. À ce niveau, l’échelle européenne envisage des déclenchements par un seul raquettiste dans de nombreuses pentes raides. Pour un débutant, la préfecture de la Savoie conseille une sortie encadrée par un professionnel.

Quelle différence entre départ spontané et déclenchement provoqué ?

Un départ spontané se produit sans intervention humaine. Un déclenchement provoqué suit le passage d’une personne ou d’un engin. Le risque de départs spontanés monte jusqu’à 5, celui des déclenchements plafonne à 4, et le bulletin affiche le plus élevé des deux.

Sources

Institutions françaises, pages ouvertes le 21 octobre 2026 :

Services européens de prévision des avalanches :

Cartographie :

Crédits photo : © Grégoire Fauquenoi (vallon enneigé, versants raides, chemin en forêt) ; © Focus Outdoor (randonneurs face aux falaises) ; schéma de la rose des pentes : Altitoo.

Page mise à jour le 22 octobre 2026.