Déperlant ou imperméable : la différence et ce qu’elle change sous la pluie

Une veste déperlante repousse l’eau le temps d’une pluie fine, une veste imperméable l’arrête encore après plusieurs heures d’averse. La première doit son effet à un traitement posé sur le tissu, qui s’use. La seconde le doit à une membrane cachée sous le tissu, qui ne s’use pas. Sur une bonne veste de montagne vous avez les deux, superposées, et c’est toujours le traitement de surface qui lâche en premier.

  • Sortie courte sous une pluie fine : le déperlant suffit, et vous transpirerez moins qu’avec une membrane.
  • Journée entière sous la pluie : il vous faut une membrane et des coutures traitées, le traitement de surface ne tiendra pas.
  • Votre veste ne perle plus aux épaules : c’est le traitement qui est usé, pas la membrane qui est percée.
  • Une étiquette à 10 000 ou 20 000 Schmerber : ces valeurs sont mesurées sur du tissu neuf, avant le moindre lavage.
  • Aucune veste respirante n’est étanche, et c’est voulu.

Le traitement déperlant, ce qui s’use en premier

Sortez votre veste et regardez le haut des épaules. Si l’eau y forme encore des gouttes rondes qui roulent, le traitement tient. Si elle s’y étale en tache sombre alors qu’elle perle encore sur les manches, vous avez sous les yeux l’endroit exact où les bretelles du sac ont fini par avoir raison de lui.

Ce traitement porte le sigle DWR, pour durable water repellent. Il est posé sur la face extérieure du tissu et abaisse l’énergie de surface de la fibre : l’eau ne s’étale plus, elle se rassemble et tombe. Le tissu, lui, reste perméable. Les fabricants mesurent cet effet par un essai d’arrosage normalisé, la norme ISO 4920:2012, qui note l’échantillon de 0 à 5. La norme précise elle-même qu’elle ne dit rien de la tenue sous la pluie, puisqu’elle ne mesure pas l’eau qui traverse.

Des gouttes rondes qui roulent : le traitement fait son travail. Le jour où elles s’étalent, il est à refaire.

Quand le tissu extérieur se gorge d’eau, la vapeur que vous produisez ne le traverse plus : vous avez froid et vous vous sentez humide, alors que la membrane, elle, n’a rien laissé passer. Le réflexe utile n’est pas de changer de veste mais de la relaver correctement, ce que détaille notre page sur le lavage d’une veste imperméable. La chimie de ces traitements a beaucoup changé ces dernières années, sujet traité dans notre page sur les traitements DWR et les membranes biosourcées.

L’imperméabilité, la barrière qui ne s’use pas

Sous le tissu extérieur se trouve une membrane contrecollée ou une enduction. C’est elle qui arrête l’eau. Ses pores laissent passer la vapeur d’eau mais pas les gouttes, ce qui vous permet de la porter à l’effort sans finir trempé de l’intérieur.

On la mesure en remplissant une colonne d’eau au dessus du tissu jusqu’à ce que la première goutte traverse, selon la norme ISO 811:2018. La hauteur atteinte, en millimètres, c’est le fameux Schmerber de l’étiquette. Nous détaillons l’échelle des valeurs et son pendant en respirabilité dans notre page sur les Schmerber, MVP et RET.

La membrane seule ne suffit pas. Chaque piqûre d’aiguille la perce, et l’assemblage doit être traité pour que les coutures tiennent la même pression que le tissu. Les fermetures à glissière et leurs rabats aussi. Deux vestes affichant le même chiffre en Schmerber ne se comportent donc pas de la même façon sous une pluie battante, et l’écart se joue sur ces finitions.

Pourquoi votre veste imperméable n’est pas étanche

Les deux mots circulent comme des synonymes. Ils ne le sont pas, et la confusion est compréhensible : aucune norme textile ne définit un vêtement étanche. Le terme appartient à d’autres domaines, celui des enveloppes d’appareils électriques avec le code IP de la norme IEC 60529, ou celui des montres avec la norme ISO 22810.

Une enceinte étanche bloque le passage du fluide dans les deux sens. Votre veste fait exactement l’inverse par conception : elle laisse sortir la vapeur d’eau que vous produisez, sinon vous seriez trempé de sueur au bout d’une montée. Un vêtement respirant ne peut donc pas être étanche, c’est physiquement contradictoire. Si vous lisez ce mot sur une étiquette de vêtement, il n’engage aucun essai.

Déperlance, imperméabilité, étanchéité : le tableau de correspondance

Trois phénomènes situés à trois endroits différents du vêtement, mesurés par trois essais différents, et qui ne vieillissent pas au même rythme.

Notion Où elle agit Essai normalisé Ce que vous lisez Tenue dans le temps
Déperlance Face extérieure du tissu ISO 4920, essai d’arrosage Rarement affiché, mention DWR S’use au frottement et au lavage, se refait
Imperméabilité Membrane ou enduction sous le tissu ISO 811, colonne d’eau 10 000 ou 20 000 Schmerber Tient tant que membrane et coutures sont intactes
Étanchéité Enceinte close, pas un textile respirant IEC 60529, ISO 22810 Code IP, profondeur en mètres Sans objet sur un vêtement

Les 20 000 Schmerber de l’étiquette, mesurés sur du tissu neuf

Une veste de randonnée vous annonce 10 000 ou 20 000 Schmerber. Un vêtement de pluie professionnel, lui, affiche une classe issue de la norme européenne EN 343, dans sa version de 2019, qui compte quatre niveaux exprimés en pascals. Les seuils paraissent dérisoires à côté des chiffres du rayon montagne, puisque 1 000 Pa valent environ 102 mm d’eau.

Classe EN 343 Seuil exigé En colonne d’eau État du tissu au moment de l’essai
Classe 1 8 000 Pa environ 816 mm Neuf
Classe 2 8 000 Pa environ 816 mm Après vieillissement imposé
Classe 3 13 000 Pa environ 1 326 mm Après vieillissement imposé
Classe 4 20 000 Pa environ 2 040 mm Après vieillissement imposé

Seuils relevés le 19 août 2026 dans la présentation de la table 2 de la norme publiée par SATRA Technology Centre.

Regardez la dernière colonne. À partir de la classe 2, le tissu repasse l’essai après abrasion, flexion, exposition aux huiles et lavage. Une veste classée 4 tient donc ses 2 040 mm une fois vieillie, quand un tissu vendu à 20 000 Schmerber les tient à l’état neuf. Les deux chiffres ne décrivent pas le même vêtement au même moment de sa vie, et c’est pour cela qu’ils ne se comparent pas.

Choisir selon votre sortie

Passé la première heure sous la pluie, seule la membrane travaille encore.
  • Averse brève et effort soutenu : restez sur un tissu déperlant, il respire mieux et vous évitera de cuire dedans. C’est le terrain du softshell et du coupe-vent.
  • Pluie installée pour la journée : prenez une membrane, avec coutures traitées. Le montage correspondant est le hardshell.
  • Sac à dos toute la journée : surveillez les épaules et le haut du dos, le tissu y sature avant le reste et c’est là que vous sentirez le froid en premier.
  • Neige humide et redoux : traitez la sortie comme une pluie continue, l’eau de fonte se comporte pareil au contact du tissu.
  • Trajets urbains : la déperlance seule vous suffira, sans payer la respirabilité d’une membrane dont vous n’aurez pas l’usage.

Pour le reste de ce qui compose une veste de montagne, isolants et tissus de structure, rendez-vous sur notre page consacrée aux technologies des vêtements de randonnée.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un tissu déperlant ?

C’est un tissu dont la face extérieure a reçu un traitement hydrofuge qui fait perler l’eau au lieu de la laisser s’étaler. Le tissu reste perméable. Sans membrane ni enduction dessous, l’eau finit par passer si vous restez longtemps sous l’averse.

Une veste imperméable est-elle étanche ?

Non, et vous n’y tenez pas. Votre veste laisse sortir la vapeur d’eau par conception, sinon vous seriez trempé de sueur. L’étanchéité, telle que la définissent la norme IEC 60529 pour les appareils ou la norme ISO 22810 pour les montres, interdit tout passage de fluide dans les deux sens.

Quelle différence entre une parka imperméable et une parka déperlante ?

La parka déperlante n’a qu’un traitement de surface et vous couvre sur une pluie fine et brève. La parka imperméable ajoute une membrane ou une enduction et des coutures traitées, ce qui lui permet de tenir une averse installée. Une parka imperméable est presque toujours déperlante aussi, l’inverse n’est pas vrai.

Quelle est la meilleure protection contre la pluie ?

Cela dépend du temps que vous passerez dessous et de l’intensité de votre effort. Sous une pluie installée, seule une membrane avec coutures traitées tiendra plusieurs heures. Sous une averse brève et à rythme soutenu, un tissu déperlant respirant vous gardera plus au sec, parce qu’il vous évite la condensation intérieure.